Fils
de Mehmed II Fatih, le Conquérant, Cem ne va pas réussir à
s'affirmer face à son frère Beyazid II qui a ceint la couronne
ottomane! Réfugié en 1482 auprès des Hospitaliers de
Rhodes, il reprend son surnom d'enfance "Zizim" et va mener, autant
otage que réfugié, une longue errance européenne, qui
passe par Rhodes, Bourganeuf dans la Creuse près d'Aubusson, Rome.
Les puissances européennes et la Papauté voient en lui une monnaie
d'échanges dans les négociations tendues avec la Porte.
Elles
l'abandonneront, le laissant mourir en 1495, probablement empoisonné
à la demande de son frère, Beyazid II. par le pape Alexandre
VI - normal, c'est un Borgia !
Un personnage émouvant, vrai héros de roman !
Zizim,
fils du Conquérant et frère de Beyazit II...

Superbe
miniature qui montre le grand maître de l'ordre des Hospitaliers de
St-Jean de Jérusalem, Pierre d'Aubusson accueillant avec grands égards
et générosité, l'infortuné prince qui vient
demander hospitalité à Rhôdes. Guillaume Caoursin, le
Vice-Chancelier, précise dans ses Mémoires que Zizim paraît
plus surpris que flatté de nos moeurs. Notre manière de manger
ne lui convient pas car il ne peut plier ses genoux à la mode de
son pays. Il goûte les mets de l'extrémité de son index
et apprécie tièdement les musiciens qui tentent de charmer
ses oreilles puisqu'il faudra aller chercher un esclave turc en cuisine
pour le dérider !
Selon
une tradition, que reprend Georges Sand dans sa "Promenade dans le
Berry", on a voulu que les tapisseries de la Dame à la Licorne
soient "turques" en raison des nombreux croissants qu'on y trouve
et même des traits orientaux de la belle Dâme qui serait une
esclave adorée dont Zizim aurait été forcé de se séparer dans son exil !
Mais elle rappelle qu'on sait qu'elles furent fabriqués à
Aubusson et que le croissant figure dans les armes de plusieurs familles
aristocratiques locales. Alors elle nous invite à imaginer que soit
le portrait d’une dame de Blanchefort, nièce de Pierre d’Aubusson, qui aurait
inspiré à Zizim une passion assez vive sans réussir à la convertir.
En tout cas, elle a raison de noter que "placer ainsi sous les yeux
d’un prince musulman privé de femmes, l’image de l’objet désiré, pour l’amener
à la foi, serait d’une politique tout à fait conforme à l’esprit jésuistique"
une
autre variation romanesque du destin tragique de Zizim
"La chemise talismanique"
Murat Aykaç Erginöz - traduction : Michèle Danışman
Editions Ministère (turc) Culture, 1991, 151 p.
un
roman intimiste et poétique à l'atmosphère nostalgique
et désabusée comme le fut probablement Zizim
"Zizim ou l'épopée tragique et dérisoire
d'un prince ottoman"
Jean-Marie Chevrier
Albin Michel, 1993, 280 p.
un
roman très réussi, qui, en adoptant un point de vue original
- des déclarations post-mortem de tous les antagonistes, nous plonge
de manière palpitante au coeur de ce fascinant destin de Zizim,
Prince errant !
"Le Prince errant", 1966 - traduction Claude Guilhot
Vera Moutaftchieva (née en 1929)
Stock, 1988, 396 p.
un
récit précis mais vivant ; avec par exemple l'évocation
des "70 familles turques qui travaillent comme bûcheron dans
les forêts de son idylle avec une belle dauphinoise", cinq
siècles après sa captivité !
"Le prisonnier de Bourganeuf"
J ean-Marie Chevrier
Perrin, 2000, 228 p.
un
roman historique qui décrit l'aventure du point de vue d'un espion
ottoman qui doit suivre Zizm dans ses pérégrinations
"Djem : Mémoires d'un agent secret ottoman"
Roderick Conway Morris
Phebus, 1999, 408 p.
"Zizim
Prisonnier dans la tour de Bourganeuf": un tableau de Bernard Bigey