Pour
y aller : c'est un peu compliqué : il faut partir de Beykoz ou
d'Anadolu Kavağı
Une
excurion hors des sentiers battus...
Sur les hauteurs de Anadolu Kavağı et de Beykoz, un peu à
l'intérieur des terres : un sanctuaire musulman - vous y verrez l'Istanbul
traditionnel - sinon intégriste - qui retrouve les racines d'une
religiosité populaire !
En tout cas, il offre un vaste panorama sur le Bosphore : la rive européenne
en face, les bords de la Mer Noire au nord, des échappées
sur des paysage que l'ogre urbain n'a pas encore dévorés !
Ils
montèrent gaîment au milieu des châtaigniers et des chênes ; l'herbe autour
d'eux était pleine de scabieuses. Bientôt ce fut la région des bruyères
, et les dessous de tous ces bois en devinrent entièrement roses. Et puis
les lointains peu à peu se découvrirent. De ce côté-ci du Bosphore, le côté
asiatique, c'étaient des forêts et des de forêts : à perte de vue, sur les
collines et les montagnes, s'étendait ce superbe et sauvage manteau vert,
qui abrite encore ses brigands et ses ours. Ensuite ce fut la mer Noire,
qui tout à coup se déploya infinie sous leurs pieds ; d'un bleu plus décoloré
et plus septentrional que celui de la Marmara, pourtant si voisine, elle
paraissait aujourd'hui doucereusement tranquille et pensive, au soleil de
ces derniers beaux jours d'été, comme si elle méditait déjà ses continuelles
fureurs et son tapage de l'hiver, pour quand recommencerait à se lever le
terrible vent de Russie.
Le but de leur promenade était une vieille mosquée des bois, lieu de pélérinage
demi-abandonné, sur un plateau dominant cette mer des tempêtes et battu
en plein par les souffles du nord. Il y avait là, dans une maison croulante,
un petit café bien pauvre, tenu par un bonhomme tout blanc. Ils s'assirent
devant la porte, pour regarder dormir au-dessous d'eux cette immensité pâle."
Les Désenchantées, chapitre XXV
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Dans
"les Désenchantées", Pierre Loti décrit "une
colline toute rose de bruyères" au-dessus de Béicos en face Thérapia.
" C'est une plaine parfaitement unie, qui est veloutée en automne d'une
herbe plus fine que celle des pelouses dans nos jardins les mieux soignés,
une plaine qui a l'air d'avoir été créée exprès pour les promenades de méditation
et de sage mélancolie, elle a juste la grandeur qu'il faut (une demi-lieue
à peine) pour rester intime, sans que l'on s'y sente prisonnier ; elle est
close tous côtés par de collines solitaires, couvertes de bois, - et les
Turcs, frappés de son charme unique, l'ont nommée "la Vallée-du-Grand-Seigneur".
On ne s'y doute point que le Bosphore est là tout près, avec son va-et-vient
qui dérangerait le recueillement ; les collines vous le cachent. [...]