"Dans le courant de l'automne, je vis pour la première fois Constantinople,
le plus saisissant des paysages. Et tout d'abord ce qui me frappa le plus,
ce furent les couchers de soleil sur cette ville immense Rien ne peut donner
une idée de leur splendeur quand les tours, les milles mosquées de Stamboul,
se découpaient comme de vagues apparitions dans une brume légère, dorée
par le soleil. On eût dit une ville enchantée, tout en palais aériens supendus
dans les espaces célestes. Ces légères vapeurs du soir étaient, à cette
époque, d'une transparence idéale, qu'aucune fumée ne venait ternir ; les
usines, les paquebots qui couvrent aujourd'hui Constantinople d'un panache
noir étaient alors inconnu. Au lieu de bateaux à vapeur, c'était ces ravissants
caïques chargés de passagers aux costumes éclatants, glissant en silence
et par milliers au milieu d'un sillage de paillettes étincelantes. Rien
n'effacera ce spectacle de ma mémoire."
"Vieux Souvenirs", Prince de Joinville (1818-1900), chap. VI,
1839
1839
: le Prince de Joinville, fils de Louis-Philippe, commandant de "la
Belle-Poule", découvre Istanbul