"Le roman du Conquérant", Nedim GÜRSEL
Un écrivain, aujourd'hui, cherche à ressusciter Mehmed II, Mehmed Fatih,
le Conquérant de Constantinople en 1453...
Le Seuil, 1996
un
roman sur " Fatih Sultan Mehmet"
vers
1460, Pie II écrit à... Fatih Sultan Mehmet...
Sont-ce bien des propositions pontificales ? Pas sûr ! Mais En tout
cas, elles sont révélatrices qu'à l'époque de
"mauvais" esprits pouvaient avoir une lecture incroyablement...
terre à terre et ironique, des très spirituels et très
désintéressés discours et entreprises de l'église
romaine.
Autre question passionnante : Fatih Sultan Mehmet les a-t-il lues ? On se
voudrait petite souris pour voir ses réactions en ouvrant la lettre
! Mais avait-il besoin d'elle pour se considérer comme le seul héritier
légitime de l'Empire Romain d'Orient, de l'Empire Byzantin, donc
de l'Empire Universel ? Pas sûr ! Un peu plus tard Süleyman le
Magnifique n'aura aucun état d'âme à se proclamer, face
à Charles-Quint, seul véritable Empereur Universel !
Surprenant : dans les années 1460, au moment où le Turc finit
son travail en s'emparant de la dernière poche de résistance
byzantine de Trébizonde, Pie II prend - mais son authenticité
fait débat chez les historiens ? - la plume pour proposer un deal
mi-spirituel mi-géopolitique : fais-toi baptiser et tu reprends l'héritage
de l'Empire d'Orient... Il a dû être content Fréderic
III, à l'idée de devoir partager le titre d'Empereur - sous-entendu
jusqu'ici comme Empereur d'Occident et d'Orient - titre très revendiqué
par tous les princes de l'époque, y compris le roi de France !
Bon ! mais justement le Pape n'avait-il pas été un peu échaudé
par le peu d'enthousiasme effectif manifesté par tous ces Princes
pourtant très chrétiens, lors de son meeting convoqué
à Mantoue
en 1459 pour monter sa grande Croisade contre le Turc ; croisade qui
n'était pas la première et ne serait pas la dernière
!
extraits : Si tu veux étendre ton empire parmi les chrétiens,
et rendre ton nom glorieux, tu n'as que faire ni d'or, ni d'argent, ni d'armées,
ni de vaisseaux. Une petite chose te peut rendre le plus grand, le plus
puissant et le plus célèbre de tous ceux qui vivent aujourd'hui.
Tu demandes quelle elle est ? Elle n'est pas difficile à trouver,
et il ne la faut point chercher bien loin ; elle se rencontre en toutes
les parties du monde. C'est un peu d'eau pour te baptiser et te faire embrasser
la religion des chrétiens, en croyant à l'Evangile. Si tu
fais cela, il n'y aura prince en l'univers qui te surmonte en gloire ou
qui t'égale en puissance. Nous t'appelerons empereur des Grecs et
de l'Orient, et ce que maintenant tu occupes avec violence et injustice,
tu le possèderas de droit et avec équité. Tous les
chrétiens t'honoreront et te feront arbitre de leurs différens.../...
Si tu étais baptisé, et que tu entrasses avec nous en la maison
du Seigneur, les peuples ne redouteraient pas ton empire, et nous ne les
assisterions pas contre toi ; mais plutôt nous implorerions ton bras
contre ceux qui usurpent quelquefois ce qui appartient à l'église
romaine, et qui lèvent les cornes contre leur mère. Et comme
nos prédécesseurs Etienne, Adrian et Léon, appelèrent
à leur secours Pepin et Charlemagne, contre Astulphe et Didier, roi
des Lombards, et après avoir été par eux délivrés
de l'oppression des tyrans, transférèrent à leurs libérateurs
l'empire des Grecs, nous aussi nous emploierions ton assitance, et ne te
serions point ingrats du bienfait que nous aurions reçu."

un
roman d'aventures : en 1502...
"Dessislava", Liliane GUIGNABODET
...Viroglav, boyard slave, ensorcelé
par son insaisissable maîtresse, la très...trop Belle Dessislava,
suit la piste de son fils volé par des mercenaires ottomans : depuis le
Danube, en passant par Andrinople, Istanbul, Trébizonde, Erzurum, Diyarbakir
pour finir en Cappadoce... Une atmosphère mystique pour exprimer
les tension de l'homme déchiré entre forces naturelles et
pulsions intérieures ; une écriture parfois un peu déroutante
; mais ce roman nous fait parcourir une époque peu traitée
par les romanciers !
Albin Michel, 1986
"Mehmed
II, le Conquérant de Byzance"
Une biographie très prenante à lire, à la fois précise,
historique et très vivante, qui nous montre à quel point celui
qui fut la Terreur barbare de l'Europe très chrétienne, nonobstant
sa volonté inassoifée de conquête, était aussi
un politique d'une grande habilité - les désunions permanentes
des Princes européens lui faciliteront parfois la tâche et
un être cultivé, certes zélateur farouche de la puissance
musulmane, mais curieux de toutes les cultures et peut-être de toutes
les religions ! Tout le contraire du portrait caricatural mais politiquement
correct que lui affubla l'Europe bien pensante du XVè, incapable
de se remettre de la Chute de Constantinople, pour qui elle n'avait finalement
pas levé, ou de quelques centimètres seulement, le petit doigt,
bien loin du coup de poignard énergique qu'elle lui avait asséné,
250 ans auparavant en 1204 !
André Clot (1909-2002)
Perrin, 1990, 325 p.